Le concert de "Barbara Furtuna"
dans la chapelle de Salinelles
le 12 août 2007.
"Barbara Furtuna" :
Jean Philippe Guissani, André Dominici,
Maxime Merlandi, Jean Pierre Marchetti.
Je crois que les cigales se sont tues quand la complainte des chants corses de Barbara Furtuna a commencé à s'élever dans la chapelle de Salinelles. Ce sanctuaire roman que l'histoire n'a pas
ménagé et qui a connu tant d'heures difficiles a subi un destin aussi cruel que les habitants de l'île de beauté. "Barbara Furtuna", non il ne s'agit pas ni du prénom ni du nom d'une personne,
il s'agit de ce poème corse qui évoque la fortune tragique de l'île livrée régulièrement aux invasions des barbares et des envahisseurs de tout poil. Cruelle destinée pour cette île qui comme
nous le dit simplement un des chanteurs du groupe évoque bien aujourd'hui encore ce qui fait l'âme corse. Simplement, oui, le mot est lâché et convient bien pour décrire l'ambiance propre
à ce concert. En fait dans ce concert, les choses sont toute simples : il suffit de se laisser porter par ces voix d'hommes chantant en se groupant serrés le plus possible ensemble, parfois
même face à face, comme pour fusionner davantage les parties.
Voilà un concert qui nous apprend bien plus sur la Corse comme aucun livre, même parfaitement documenté ne peut le faire. Jean Philippe Guissani, André Dominici, Maxime Merlandi, Jean
Pierre Marchetti sont avant tout de fidèles interprètes de la tradition corse. Une tradition qui reste vivante, qui n'est pas du folklore, qui s'enrichit de textes et de chants nouveaux puisés dans
les racines de leur culture. Ce ne sont pas des artistes de music-hall qui propagent une certaine vision édulcorée ou glamour de la Corse, non, ce ne sont pas des corses d'opérette ni d'opéra. Pas
de grand spectacle avec mise en scène. Ils ont gardé la simplicité des gens de la terre dont ils sont issus et à laquelle ils appartienent encore. Ca se sent. Ils sont vrais. Le succès ne leur est
pas monté à la tête et c'est cela qui rend précieux leur engagement au service d'un art authentique : ils sont restés fidèles aux origines et à la vérité des polyphonies de l'île. Aujourd'hui
encore, ils répondent présents, comme avant, quand un parent ou un ami leur demande de chanter à un enterrement ou à une cérémonie de famille.
Alors le résultat de tout cela c'est cette longue mélodie plaintive qui nous parvient comme surgie du fond des temps. Moment de vérité. Les masques tombent. Douleurs, espoirs et joies se
fondent dans ces récits chantés qui s'écoulent comme une source et explosent aussi comme un volcan. Quand on vit de tels moments graves et intenses comme ceux-là dans la chapelle de
Salinelles , on a l'impression que ces voûtes, ces arcades ont quelque chose qui les rattache à ces voix humaines, comme si un lien profond, une origine commune mêlait les chants de la
terre corse à ceux des pierres de St Julien.
BARBARA FURTUNA
O cruelle destinée, sort ingrat
A nous tous tu serres le cœur dans la poitrine
Lorsque nous pensons à notre liberté passée
Puis vint ce jour funeste où il nous fallut
Abandonner nos joies pour des tourments
Dieu que ce jour fut triste pour moi
Adieu Corse, mère tant aimée
Cette séparation est sans espoir de retour
O quelle douleur dans l’âme pour l’exilé
O quelle douleur dans l’âme, inconsolable
Séance de dédicace après le concert.
A la fin du repas, comme dans un repas de famille, pour nous remercier, nos amis corses ont chanté et joué de la guitare. La plus belle
des récompenses pour toute l'équipe de bénévoles du festival.
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