Rétrospective 2006, Pascal Gallet

Publié le 2 Avril 2007

Rétrospective 2006
Mémoire de Villevieille, Pascal Gallet
Communiqué du jeudi, 07 septembre 2006

Les russes du Baltic Chamber Orchestra devaient rester sur place le mercredi 2 août pour le cas où le mauvais temps aurait obligé à reporter à ce jour le concert donné la veille. Comme convenu nous avions prévu de les prendre en charge et les héberger jusqu'au 3 au matin. Mais pressés de remonter au Nord pour embarquer sur un bateau à je ne sais plus où via St Petersbourg, ils décident de partir après le repas de midi non sans faire une étape au supermarché Carrefour de la route de Carnon... Je décide de profiter de cet imprévu pour mettre à jour mes heures de sommeil manquant en programmant une sieste, mais mon portable sonne et me rappelle qu'il faut déjà passer au concert suivant et accueillir Marielle Nordmann dont l'arrivée est prévue la veille du concert. Pascal Gallet lui débarque de sa Savoie natale en début d'après midi, ce samedi 5 août. Ca tombe bien , le piano arrive lui aussi. Il a fallu retirer plusieurs rangées de chaises pour laisser le camion approcher de la scène, mettre en place l'instrument, le couvrir avec housse melotonée et parasol pour le protéger du soleil. il y a assez d'ombre sur scène pour permettre à Pascal Gallet de travailler aussitôt. Il connaît bien la cour d'honneur du château, c'est un habitué du festival, c'est la 4 ou 5ème fois qu'il est invité. Classé encore parmi les jeunes pianistes de la nouvelle génération, il possède une solide technique et un jeu franc, chaleureux, une belle sonorité servie par une large palette de couleurs. Sensible et sentimental mais sans excès, il sait se retenir et aussi se lâcher quand il le faut. Généreux et paraissant figé parfois dans la manifestation de sa nécessaire concentration, le public de Villevieille l'adore car il sait exprimer l'intensité profonde de son vécu musical intérieur. Il passe la rampe car il joue pour le public et il est là pour le public qui le lui rend bien en l'accompagnant dans son travail de construction du son qu'il va chercher au plus profond de lui-même. Les critiques de la presse spécialisée le comparent aux plus grands ce qui est très très flatteur même si c'est pour dire qu'il lui manque encore un peu ceci ou cela pour les égaler. Il faut être assez sûr de soi pour oser affronter la concurrence des géants en enregistrant la 2ème sonate de Chopin, comme il le fait sur son dernier cd Chopin.

 

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Quand Pascal Gallet s'installe au piano...

Quand pascal gallet s'installe au piano pour répéter en ce bel après-midi du samedi 5 août, je lève la tête vers le ciel. Il est bleu avec de beaux nuages de chaleur que le vent généreux se charge repousser. Donc il fera beau ce soir et Pascal ne se soucie guère de savoir si les éléments naturels seront avec nous. Il n'a pas de soucis d'ailleurs, trop absorbé qu'il est par son face à face avec l'instrument. Il s'installe sur la banquette un peu comme un empereur romain superbe toisant la foule du regard. Dès les premières notes je sens la musique emplir cet espace unique. Je souris et intérieurement je jubile, car je suis rassuré d'entendre, je veux dire de retrouver cette sonorité unique, chaleureuse, pleine, sensuelle, riche de mille nuances, violente et douce à la fois, qui se déguste comme un plat élaboré avec des saveurs savamment équilibrées entre sucré et salé. Sa musique domine en se déployant dans cette cour comme si elle lui appartenait. L'espace s'emplit de cette belle architecture sonore à laquelle semble répondre en écho l'architecture du lieu avec ses hautes façades érigées en témoin présent des siècles passés. La musique ne vit que si on la joue et les pierres aussi ne vivent que si on les habite. Pascal Gallet fait vivre et la musique et les pierres tant sa musique habite l'espace qu'elle envahit. Conquérant et dominateur, Pascal l'est certainement, mais c'est pour mieux nous entrainer dans son univers où comme chez le poète, tout n'est qu'ordre, beauté, calme et volupté... J'aime cette belle sonorité majestueuse, aux couleurs chatoyantes comme celles dont avaient le secret les grands maîtres de la peinture classique. Je suis heureux, presque seul dans cette cour aux chaises vides devant lesquelles Pascal joue comme si le public était là. Le moment d'avant le concert est celui de tous les bonheurs possibles. Nous voilà bien loin de la soirée Duchâble où la musique de Chopin servait de faire-valoir aux lettres poussiéreuses de George Sand à Alfred de Musset qu'un comédien un tantinet cabot s'efforçait de faire revivre en ajoutant pour faire bonne mesure les poèmes les plus célèbres de Musset, nous renvoyant d'un coup sur les bancs des classes de lycée, aux cours de littérature. Ce soir-là, le piano, et le talent de Duchâble n'y pouvait rien, était prisonnier d'un spectacle scénique qui réduisait la musique de Chopin à n'occuper qu'un espace clos, confiné que venaient grossir à l'excès des éclairages blafards donnant aux façades du château des airs fantomatiques. La musique de Pascal apporte au contraire des airs de liberté, elle respire tant la liberté qu'au delà des murs, elle s'empare de tout le paysage. Comme si depuis la colline de Villevieille elle se répandait dans tout l'espace, baignant la plaine du Vidourle jusqu'au pied des cévennes lointaines. De la musique de Pascal se dégage quelque chose qui fait de lui Pascal le conquérant et me rappelle ses vers de Racine : "je suis maître de moi comme de l'univers, je le suis, je veux l'être"...

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la fin de la répét...

Toujours ce samedi 5 août 2006, il fait beau, il fait chaud et les accents que Pascal Gallet fait surgir de son piano ont comme le pouvoir de soulever le vent qui chasse les nuages. Mais déjà appararaît la splendide silhouette très féminine de Marielle Nordmann, souriante et détendue. Elle nous fait installer sa harpe entreposée dans l'ancienne salle voutée des gardes, à l'abri du soleil. Elle a passé une bonne partie de la matinée à travailler son magnifique instrument construit autour d'une colonne dorée. Le son est séducteur en diable, envoutant, il semble venir de la nuit des temps comme. Ca n'a rien à voir mais difficile de ne pas penser au roi David jouant de la harpe et dansant pour Jonathan et sa cour...

Deux belles photo de la répétition - (merci pour moi, lol) - avec le concours des deux jeunes guides chargés des visites du château qui protègent les partitions des bourasques d'Eole.

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la nuit du 5 août ...

"Dans cette musique où l'émotion créé la forme, Schumann va loin dans le lyrisme intense et passionné, et une mer s'entrouvre au milieu du piano." - espritsnomades.com

En cette nuit mémorable du 5 août, l'espace et le temps sont abolis, envahis, assommés, engloutis par le piano de Pascal Gallet et la harpe de Marielle Nordman qui les aspirent, et nous avec. Nous sommes bel et bien scotchés sur nos chaises, impossible de résister aux sirènes, au charme de Marielle à la séduction des sons généreux, pleins de vie, débordant comme une coupe de vin qui nous enivre de son seul arôme en l'approchant des lèvres. A la sensualité du son de la harpe répond la densité du piano.

Quel culot ce Pascal! il tenait à tout prix à jouer la fantaisie de Schumann, 150ème anniversaire de sa mort oblige. Le piano de Schumann n'est pas ce qu'il y a de mieux pour le grand public, je préférais alors, quand on se mettait au point le contenu du programme, une oeuvre plus accessible. Un programme doit pouvoir plaire à tous les publics et comporter au moins une oeuvre célèbre. Pascal voulait jouer du Turina, il l'a enregistré en cd. trop élitiste à mon gout. Puis il m' a proposé la 2ème sonate de Chopin, la funèbre et même si quelques jours avant Duchâble n'avait joué que du Chopin, j'ai fini par accepter. D'autant qu'il l'a publiée sur un cd sorti au début de l'année avec une très bonne critique dans Diapason. Résultat : le concert a commencé avec ces deux monuments grandioses : la fantaisie de Schumann en chaînée sans entracte par la sonate funèbre de Chopin. Deux mets extraordinaires de finesse et de subtilité, du très grand art, mais deux plats de résistance tout de même, et si Pascal a conquis le public avec un Schumann présenté avec tendresse, conviction, pénétrant et nous faisant pénétrer avec lui, là est sa force, au plus intime de ce que cette musique peut offrir de plus beau, je reconnais volontiers qu'il était plus difficile ensuite après une telle attention soutenue d'avoir la même disponibilité d'écoute pour l'oeuvre de Chopin si célèbre qu'elle soit. Cette célébrité la desservait même dans la mesure où il n'y avait pas l'effet captif produit par la surprise de la découverte comme chez Schumann. Mais qu'importe, la mariée n'est jamais assez belle. Au terme d'un premier marathon d'une heure de piano bien remplie la harpe de Marielle Nordmann nous entraîne dans d'autres sphères, moins denses mais tout aussi envoutantes. Non, aucun ennui, pas de baillements, ni de somnolence, ni craquement de chaise. Le public est sous le charme. la nuit ne fait que commencer elle sera des plus belles. Une nuit du 5 août pour privilégiés, dont on se souviendra même si contrairement aux autres soirs, samedi soir oblige, toutes les chaises n'étaient pas prises, un tiers environ est resté vide. Les absents, comme toujours ont tort.

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Rédigé par Daniel

Publié dans #les concerts de 2006

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