9 - De 1970 à 1995 : Les Soirées Musicales au château de Villevieille

Les Soirées Musicales du château de Villevieille

Michel Garcin ne pouvait vivre sans musique. Son désir de faire partager sa passion ne le quittait jamais — même en vacances. La région de Sommières, dans le Gard, que des raisons privées l'avaient amené à découvrir à la fin des années 1960, devait lui en donner la possibilité. La musique classique, à cette époque, y était inexistante, les concerts et les festivals se cantonnant à la Provence. Quand il pénétra pour la première fois dans la cour du château de Villevieille, ce fut l'émerveillement. Sa beauté, mais surtout son acoustique miraculeuse le ravirent. Les propriétaires du château, Monsieur et Madame De David Beauregard acceptèrent de bonne grâce de tenter l'expérience.

Le premier concert, un récital de guitare par Turibio Santos, fut donné le 22 août 1970. Deux autres suivirent avec le quatuor Via Nova, puis Maurice André et Xavier Darasse. Michel Garcin décida alors que les bénéfices éventuels de ces soirées seraient attribués à la restauration de la petite chapelle romane de Saint Julien de Salinelles. L'année suivante, quatre concerts furent programmés : Anne Quéffelec, le trio Rouvier, le duo Rampal/Veyron-Lacroix, l'orchestre Jean-François Paillard. Le succès se confirma.

C'est ainsi que durant vingt-cinq années sans interruption, Michel Garcin, jusqu'à sa mort, a animé avec un enthousiasme jamais défaillant, les Soirées musicales au Château de Villevieille. Plus de deux cents concerts, où se sont succédés presque tous les artistes d'Erato et d'autres encore.

Certaines soirées furent mémorables : en 1973, les solistes de l'Ensemble vocal de Lausanne dirigés par Michel Corboz dans des Madrigaux de Monteverdi ; en 1974, l'Orfeo de Monteverdi, toujours par Michel Corboz et son équipe de Lausanne (peut-être le plus grand souvenir de Villevieille) et le premier récital de la toute jeune et inconnue Maria Joâo Pires, suivi, l'année suivante, d'une soirée consacrée à Mozart où elle interpréta le concerto en mi bémol K 271 (moment de grâce absolue) - au même concert, Lily Laskine et Jean-Pierre Rampal jouaient le concerto pour flûte et harpe ; en 1975, récital de Régine Crespin et en 1978 celui de Victoria de Los Angeles ; en 1980, le premier concert de François-René Duchable ; en 1984, les Virtuoses de Moscou avec Vladimir Spivakov ; en 1985 et 1989, les deux prestations de Rostropovitch ; en 1993 et 1994, les soirées Manuel de Falla avec l'Orchestre du Théâtre Lliur de Barcelone.

 On ne peut citer tous les artistes de grand renom qui ont été les hôtes du Château de Villevieille donnant à ces soirées un éclat incomparable. Ce qui n'était au début, dans l'esprit de Michel Garcin, qu'un plaisir de vacances, avait pris l'ampleur d'une institution.

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Soirée Musicale à Villevieille le 9 août 1973 avec Maurice André.

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Le programme de la 1ère Soirée Musicale le 22 août 1970.

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Une vie au service de la musique

 Michel Garcin est né le 28 février 1923 à Rochefort, en Charente Maritime. Il passe son enfance et sa jeunesse à Saint Maixent, dans les Deux Sèvres. Il raconte ses débuts dans un entretien avec Edith Wafter, paru dans Harmonie, en septembre 1975. « Etant enfant, on m’a découvert des dons pour la musique et j’ai appris le piano — jusqu’à pouvoir jouer les grandes oeuvres du répertoire, Beethoven, Schumann, Franck, Debussy, Ravel — et le violoncelle. Je me suis aussi mis à l’harmonie jusqu’au jour où venant à Paris, je suis allé trouver Georges Dandelot, qui me corrigeait mes devoirs d’harmonie par correspondance. Georges Dandelot m’a présenté au Conservatoire etje suis entré dans sa classe. Ensuite ce fut le contrepoint et la fugue avec Simone Plé-Caussade et l’histoire de la musique chez Norbert Dufourcq. Trois maîtres à qui je voue une très grande reconnaissance. Ils ne se contentaient pas d’apprendre la technique de la musique, ils éveillaient l’esprit et stimulaient énormément. Mes camarades étaient Pierre Boulez, Laurence Boulay, Jean Christophe Benoît, à l’époque héroïque de l’Occupation. »

 Après la Libération, Michel Garcin est professeur d’histoire de la musique à l’Ecole César Franck. Il anime, avec André Charlin, Armand Panigel, François Pouget, Claude Lehmann, Norbert Dufourcq, le Club des Discophiles de Paris, qui se réunit chaque semaine pour écouter les nouveaux disques. C’est dans ce cadre, que Michel Garcin fait la rencontre de Philippe Loury, qui venait de fonder la maison de disques Erato. Entré comme directeur artistique d’Eratcren 1954, il y reste jusqu’à sa retraite en 1990. Son nom demeure indissociable du prodigieux développement du microsillon pendant cette période. « Quel palmarès dégager d’une telle profusion de merveilles accumulées pendant quelques quarante années d’un labeur acharné? s’interrogeait Jacques Lonchampt dans Le Monde. De Dufay et Josquin des Près àMessiaen, Dutilleux et Xenakis, en passant par l’intégrale de la Selva morale de Monteverdi, deux des intégrales Bach de Marie-Claire Alain, Dardanus et Les Boréades de Rameau, les intégrales des 550 sonates de Scarlatti par Scott Ross, de la musique de piano ou de la musique de chambre de Fauré avec Jean Hubeau... »

 Michel Garcin a réalisé plus de 1700 disques. Une grande partie de cette production était, dans les premières années, consacrée à la musique des xvue et xvme siècles. Il y eut des découvertes et des succès: les Requiems de Gilles et de Campra en 1956 et 1960, des motets de Delalande et les Symphonies pour les Soupers du Roi, les Vêpres et l’Orfeo de Monteverdi en 1966 et 1968, l’Orlando Furioso de Vivaldi en 1977... Au fil des années le répertoire se diversifia. La musique de chambre avec les intégrales de Schumann et de Fauré, la place réservée aux jeunes solistes (beaucoup, célèbres aujourd’hui, ont fait grâce à lui, leur premier disque), l’incursion dans la musique contemporaine et même dans quelques opéras (Pénélope de Fauré, Ariane et Barbe Bleue de Dukas, Pelléas et Mélisande de Debussy et autres) ont élargi considérablement le catalogue d’Erato. La carrière de Michel Garcin a été couronnée par le Prix mondial du disque de Montreux le 2 septembre 1975 et par la médaille d’or SACEM « Diffusion Musicale », le 14 décembre 1983.

 Après sa retraite, Michel Garcin cédant aux sollicitations de la FNAC et du directeur du Festival méditerranéen François Pagès, a réalisé l’enregistrement d’une trentaine de disques, qui sont aujourd’hui la propriété de Virgin Classics.

 Michel Garcin est décédé le 23 mars 1995.

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Un concert en hommage à Michel Garcin a été donné au Théâtre du Châtelet à Paris, Le mercredi 23 mars 2005  grâce àLa participation de Marie-Claire Alain, Pierre Amoyal, Maurice André, Olivier Beaumont, Gérard Caussé, François-René Duchable, l’Ensemble Orchestral de Paris, Bernarda Fink, Jean-Paul Fouchécourt, Antoine Landowski et son quatuor de violoncelles, Marc Minkowski, Jean Mouillère et le Quatuor Via Nova, Marielle Nordmann, Jean-François Paillard, Anne Quéffelec, Claudio Scimone.

Hommage de Villevieille à Michel Garcin

Le MERCREDI 3 août 2005 dans la Cour d’Honneur du château de Villevieille, le festival a rendu hommage à Michel Garcin à l’occasion du 10ème anniversaire de sa disparition.

Mme Françoise Garcin, M. Philippe Barthès, président de l'association des Soirées Musicales et de nombreux amis et fidèles étaient également présents.

François-René Duchâble, Claire Désert, Marielle Nordmann, Jean Mouillère, Marc Coppey, ont joué des extraits d'oeuvres de : Mozart,Beethoven,Chopin,Schumann,Liszt,Ravel.


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Le Comte Jean de David Beauregard, mélomane assidu, écoutant un concert depuis une fenêtre du salon lors de l'été 2000, malgré sa maladie. Il est décédé en 2001. Il était très attaché aux concerts de Villevieille et a voulu que le festival continue d'exister, que la musique soit toujours présente à Villevieille.
Aujourd'hui la famille de David Beauregard, notamment la Comtesse Thérèse, le Comte Jacques et ses frères et sœur demeurent tous très attachés à la présence des concerts au château.

Note : article publié le 2 août 2009. La Comtesse Thérèse, épouse du Comte Jean de David-Beauregard est décédée en 2014.

 

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