Vivaldi dans la nuit de Villevieille
Publié le 1 Août 2009
Vivaldi et l'Ensemble Musica Antiqua de Christian Mendoze ouvrent le festival.
Jeudi 30 juillet dernier, par une de ces belles nuits d'été qui donnent envie de rester dehors de chez soi le plus longtemps possible pour profiter de la douceur du ciel, l'édition 2009 du festival, la quarantième, a plutôt bien commencé. Beaucoup d'habitués dans la Cour d'Honneur, mais aussi des nouveaux visages. Presque le plein de spectateurs pour venir écouter pour la première fois depuis longtemps de la musique ancienne sur instrument d'époques pour retrouver le plus possible la vérité de l'interprétation des oeuvres au moment de leur création.
C'est en 1725 que "les 4 saisons" sont publiées. L'œuvre connut un grand succès dans toute l'Europe notamment à Londres et à Paris où les concertos furent interprétés au début de l’année 1728 au Concert Spirituel. Puis elle fut oubliée après la mort du compositeur et il faut attendre dit-on 1921 pourqu'elle soit à nouveau jouée en public. Enregistrée en 1942 elle connait depuis un succès qui la classe au premier rang des tubes du classique. Récupérée par la pub, les portables et les salles d'attente diverses elle est archi-connue du grand public, au point que la programmer en concert n'est pas faire preuve d'originalité. Sauf si, comme c'est le cas ici, elle est confiée à une formation restreinte (3 violons, clavecin, alto, violoncelle) où chaque instrument s'efforce d'exprimer sa vérité en s'approchant le plus possible du son que l'on entendait au XVIIIème siècle.
Nos oreilles sont habituées aux interprétations brillantes qui ont fait le succès de certains enregistrements. Longtemps les disques de l'ensemble "I Musici" faisaient référence. Puis il y a eu Fabio Biondi avec une technicité et une perfection incomparable. Il Giardino Armonico a réalisé une version tout aussi enthousiasmante.
Jeudi soir ce que nous avons entendu était davantage intimiste et joué en formation restreinte, ce qui a permis d'entendre des nuances et des subtilités que certains effets sonores oiches et expressifs certes peuvent cependant occulter. C'est un Vivaldi intime, proche de nous qui s'est livré. Le talent de Sarah Plesner, soliste, y est pour beaucoup. Elle s'installe d'emblée au coeur des choses et sa présence donne de l'âme à cette musique qui semble sortir de la seule inspiration de l'artiste et de l'ensemble qui l'accompagne.
Nos oreilles s'habituent peu à peu à cette musicalité, à la finesse et à la subtilité des passages les plus doux, aux accords les plus proches de la simplicité, comme si de la nuit surgissait une plainte mélancolique et pure, aérienne, touchant l'âme au plus profond d'elle-même. Point d'emphases ni d'effets appuyés mais une invitation toute simple à aimer ce qu'on n'entendra jamais deux fois et qui soudain se révèle comme un secret enfoui au fond de je ne sais quel puits. Il flotte dans l'air du soir comme un parfum de musique au moment où tout se tait, où le silence de la nuit redevient la plus belle des musiques.
Villevieille 2009 a vraiment bien commencé.
Dominant la cour du château, le cadran solaire semble indiquer l'heure depuis des temps immémoriaux et annoncer dans l'ombre portée sur la pierre la direction de l'ordre des choses. LCette présence nous rappelle que la musique s'inscrit dans l'histoire mais n'existe que dans le temps. La vraie musique est vivante mais ne dure que quelques instants, le temps d'un concert. C'est bien pourquoi il faut aller au concert et ne pas se contenter des musiques enregistrées qui faussent notre rapport au temps.
Les artistes préparent et travaillent l'oeuvre depuis longtemps. Ils doivent sans cesse perfectionner leur technique, apprivoiser leur instrument, faire corps avec lui. Un concert c'est le résultat dans un temps très court de l'engagement de toute une vie d'artiste, donc d'un temps très long.
Mais c'est en seconde partie, après l'entracte que le courant passera vraiment.
Après "L'Eté" les applaudissements l'attestent, le public est conquis, sous le charme.
Et L'interprétation du "chardonneret" avec la flutte magique de Mendoze nous amène au sommet de la subtilité et du charme. Sublime mais sans excès. Du très grand art.
Le pari est gagné !
Merci à tous et toutes!
Sharman PLESNER, violon solo, Christian MENDOZE, flûte à bec et Direction Musicale
Corinne BETIRAC, clavecin,
Philippe Thalis et Marion SANNIER, violons,
Jean Yves POIRIER, violoncelle,
François Xavier CORSI, alto
Concerto « La Tempesta di Mare », opus 10 n° 1, pour flûte, cordes et basse continue :
allegro – largo –allegro
Concerto « Alla rustica » en Sol majeur, pour cordes et basse continue :
presto – adagio – allegro
Concerto opus 10 n° 6, pour flûte, cordes et basse continue :
allegro – largo –allegro
Concerto « le Printemps » (extrait des 4 Saisons) opus 8 n°1, pour violon, cordes et basse continue :
allegro – largo – allegro
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Concerto en Ré mineur, pour cordes et basse continue :
allegro non molto – largo – allegro
Concerto « l’Eté » (extrait des 4 Saisons) opus 8 n° 2, pour violon, cordes et basse continue :
allegro non molto – adagio – presto
Concerto « Il Cardellino » (le Chardonneret) opus 10 n° 3, pour flûte, cordes et basse continue :
allegro - cantabile – allegro